L'invocation:
Notre service s'ouvre, comme on ouvre une fenêtre au matin sur le paysage lavé par la nuit finissante, par cette formule venue de la Parole elle-même: au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit. C'est déjà une confession de foi : nous ne voulons connaître ici qu'un seul Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit, dont le nom a été prononcé sur nous à notre baptême pour nous marquer de son sceau éternel.
Nous ne disposons pas de Dieu, et pourtant nous sommes certains de sa présence. Il l'a promise et il tient sa promesse - la Bible l'atteste tout au long de l'histoire qu'elle conte. Cette certitude, nous l'affirmons en chantant l'un des mots les plus importants de toute la liturgie, et ce mot, c'est : Amen. En le disant et le répétant (et nous devons le prononcer tous ensemble à la fin de chaque prière de notre office), nous montrons que si un seul parle, c'est toute la communauté qui prie par sa bouche. Ce mot universel, à la fois familier aux juifs, aux musulmans et aux chrétiens, ce mot que nos réformateurs ont conservé tel quel, sans le traduire, nous vient des lointains bibliques et il a une signification très riche. Il exprime d'abord la fidélité, la vérité, la solidité. (Il est encore aujourd'hui employé en hébreu moderne pour parler des fondations d'une maison, de ce qui est ferme et assuré). Esaïe parle du " Dieu de l'Amen " (Es 65, 16), ce Dieu qui réalise avec fidélité ce qu'il a annoncé car " la fidélité du Seigneur subsiste à jamais " (Ps 117). Jésus lui-même nous est présenté dans l'Apocalypse (3,14) comme " l'Amen, le témoin fidèle et véridique ". Le verbe croire et le mot fidélité viennent du même mot hébreu Amen. En le disant nous proclamons donc " C'est ferme de ton côté, Seigneur, qu'il en soit ainsi du mien ! ", comme l'écrivait Luther dans son petit catéchisme: "C'est ce que je crois fermement ! ". Amen exprime ainsi notre confiance en Celui qui nous aime et dont nous avons tout à attendre, c'est une espèce de chèque en blanc que nous présentons au Seigneur. Convaincus de sa richesse spirituelle, nous prononcerons notre Amen avec force, avec foi, avec enthousiasme, avec joie.
L'introït.
Puisqu'il est le Roi, le Seigneur, le centre de toute cette célébration et qu'il nous reçoit en audience, c'est lui qui prend la Parole, il prononce les premiers mots en toute chose, lui le premier, Dieu premier servi. Ces premiers mots nous situent d'emblée dans la louange, puisque ce sont les mots du psaume choisi pour ce dimanche et qu'on appelle l'Introït. Et la merveille nous apparaît de suite, promesse de Dieu réalisée qui disait : " Je mettrai mes paroles dans ta bouche ", car cette Parole de Dieu, venant des psaumes, devient sur nos lèvres une prière que nous pouvons dire avec le Seigneur.
Autrefois, dans l'Eglise ancienne, on chantait ce psaume en entier, au lieu de n'en lire que quelques versets comme aujourd'hui. Ce chant accompagnait l'entrée des officiants dans l'Eglise. C'est la suite de toute la prière d'Israël, scandée, mesurée, exprimée par le chant des psaumes au Temple de Jérusalem comme dans les synagogues de la dispersion. Aussi devrions-nous le chanter, car le lire est aussi bâtard que de lire un cantique au lieu de le chanter. Chaque dimanche a son thème particulier : l'Introït en " annonce en quelque sorte la couleur " et lui donne son nom. C'est des premiers mots latins de l'Introït que viennent les titres des dimanches (Oculi, Judica, etc. qu'on désignait ainsi autrefois, coutume aujourd'hui disparue). Ces psaumes sont communs à la grande majorité de la chrétienté, catholique romaine, anglicane et luthérienne, et deviennent ainsi signe d'unité déjà réalisée : sur cette terre, ce matin, des millions de chrétiens ont accueillis par Dieu avec les mêmes paroles. Heureux alors d'avoir chanté, que pourrions-nous faire d'autre que d'acclamer ? Toujours debout, éblouis par la splendeur de sa majesté comme par la richesse de sa grâce, nous chantons l'hymne glorieux qui ajoute au psaume la note de la nouvelle alliance ; à la voix de l'ancien testament se joint celle de la communauté chrétienne : Gloire au Père, au Fils et au Saint-Esprit. !
Adoration : le culte n'est pas une étude biblique intellectuelle, il est contemplation, adoration. Sortis de nos contingences humaines, nous voici entraînés dans le mouvement de la vie éternelle en rendant au Dieu trois fois saint la gloire qui lui revient depuis l'origine du monde et qui lui reviendra toujours. Gloire au Père, au Fils et au saint-Esprit : nous l'acclamons, c'est merveilleux, nous sommes illuminés par cette splendeur de Dieu qui sort de sa Parole et nous ne pouvons rien faire d'autre qu'entrer dans cette vie, cette vie qui dure d'éternité en éternité, comme le Père, le Fils et le Saint-Esprit.