Prédication

Après les lectures, vient la prédication qui va reprendre la Parole et l'expliquer, comme autrefois le Seigneur Jésus entrait dans la synagogue, à Nazareth par exemple, et prenant le rouleau du prophète, expliquait qu'aujourd'hui se réalisait la prophétie. En effet, il s'agit bien d'un moment prophétique: non un souvenir d'événements passés, mais de ce que aujourd'hui, ici et maintenant, veut dire pour nous la Parole du Seigneur.

Certes, cette Parole ne change pas, ce Maître reste identique à lui-même. Mais le monde, et nous-mêmes, nous changeons. Il faut toujours à nouveau que cette Parole nous soit appliquée et ses conséquences révisées en fonction de ce que nous sommes et de ce que nous vivons aujourd'hui, non pas hier, mais aujourd'hui. La prédication est le moyen que Dieu emploie pour intervenir directement dans la vie des fidèles et dans la vie de l'Eglise pour consoler, redresser, réformer, mettre en question. Cette Parole n'est pas la propriété de l'Eglise ; elle lui est toujours extérieure, elle lui est adressée du dehors, du Dieu vivant, qui veut que nous la recevions pour la rendre au monde. Si la lecture de l'Ecriture était comme la mort et la résurrection, la prédication est comme l'Incarnation, la naissance de Jésus qui passe par Marie et à travers elle est donnée au monde. La Parole libre et souveraine nous est donnée pour que, tissée de notre chair, elle pénètre dans ce monde des hommes en commençant par nous.

En dépit du caractère humain de son témoignage, la prédication n'est pas une simple méditation sur la Parole ; elle est la proclamation même de cette parole, elle est un miracle de Dieu. Luther disait avec une belle liberté et obstination: "Un prédicateur n'a pas à chercher le pardon quand il a prêché, mais il doit dire avec Jérémie, joyeusement : Seigneur, tu le sais, ce qui est sorti de ma bouche est juste, et avec Paul : j'ai été prophète de Jésus-Christ dans cette prédication, il s'agit de la Parole de Dieu et non de la mienne. Celui qui ne peut se glorifier de cela, qu'il renonce à prêcher, car alors il est menteur et blasphémateur".

La prédication représente un moment nécessaire de notre service : le royaume de Dieu n'est pas encore là, et l'Eglise, qui est encore dans le monde, a besoin des lumières de cette Parole pour être guidée, consolée, fortifiée. Elle a besoin dans son combat d'être mise en garde, enseignée, encouragée. Aussi faut-il savoir écouter et recevoir. Certes, le pasteur a une terrible responsabilité en montant en chaire. J'en connais qui tremblent chaque fois. Et c'est pourquoi il passe du temps, de ce précieux temps de la semaine, à se préparer, averti que tout ce qu'il dira doit d'abord être soumis à Dieu "pour approbation". C'est là sa vocation première, il doit y consacrer beaucoup de son temps.

Mais le pasteur ne suffit pas à faire un bon sermon. Il y faut une communauté attentive. Et d'abord bien préparée. Si un musicien répète pendant des heures, si un athlète s'entraîne longtemps, un chrétien aussi se prépare à rencontrer son Seigneur. Il faut profiter encore de ces moments de silence avant et pendant le culte pour y entrer et se recueillir et être prêt, comme le dit l'apôtre Jacques, "à recevoir avec douceur la Parole". Recevoir, quand Dieu donne, requiert de notre part beaucoup d'humilité, car il vient à nous comme il le veut et non comme nous le voulons.

Entendre signifie être confronté à Dieu et être appelé à prendre une décision, pour vivre à nouveau ce sermon dans notre vie quotidienne. Il peut y avoir des moments de grande sécheresse spirituelle. Bonhœffer écrivait : "nous ne devons pas être troublés par de telles expériences, mais concentrer notre attention sur la Parole et lui laisser son action propre. Ne se pourrait-il pas que Dieu lui-même nous envoie ces heures de sécheresse pour que nous puissions être à nouveau amenés à attendre tout de sa Parole ?"

Dieu parle, à nous de l'écouter dans l'humilité et dans la joie.

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