LITURGIE DE L'EUCHARISTIE
Voici maintenant la grande joie de la rencontre : ce qui nous a été annoncé va nous être donné,
celui qui nous a parlé va maintenant entrer en nous, il va montrer de manière sensible sa présence
à son peuple : "Il est grand le mystère de la foi".
C'est ce culte-là que le Seigneur Jésus lui-même a institué. C'est pour cela surtout que les
chrétiens se sont réunis, c'est à ce banquet - là que nous sommes invités. Jamais les apôtres
n'auraient eu l'idée de célébrer le service dominical sans la communion, ils auraient cru
s'être arrêtés en route ! Car à la synagogue, on invoquait, on lisait l'Ecriture, on prêchait,
on priait, on chantait les hymnes et on bénissait. Rien de nouveau dans cette partie du culte
où nous faisons de même, rien de nouveau même dans le début de la liturgie de la Cène, où les
paroles de la synagogue reviennent encore : Rendons grâces, disait Israël, au Seigneur notre
Dieu, et l'on répondait : Béni soit le nom du Seigneur maintenant et à jamais. Rien de nouveau
donc et même oecuménisme élargi : unis aux juifs célébrant la Pâque, nous faisons comme eux.
Mais alors qu'y a-t-il de spécifiquement chrétien dans ce culte ?
C'est précisément la Sainte Cène qui, pour diverses raisons, avait disparu des services ordinaires
de nos Eglises, et qui y a repris sa place, comme il est légitime, car le Seigneur l'a voulu
ainsi, et il sait mieux que nous ce qu'il nous faut. Il ne dit pas "Ne faites pas ceci, ne
faites pas cela..." Il dit : "Faites ceci en mémorial de moi". Luther a raison d'affirmer,
même si cela ne plaît pas à nos modernes amis de la tolérance et aux ennemis des affirmations
tranchées : "Celui qui n'obéit pas n'a pas droit au titre de chrétien". Un culte sans Cène
serait un ministère de Jésus sans la croix.
N'opposons pas parole et sacrement. C'est la même parole qui maintenant va vivre ici, mais
en acte, en signe, en vie. Il veut nous lier à lui, il vient habiter en nous. La Parole nous
visait tous, mais le sacrement nous saisit, bien que communautaire, d'abord individuellement.
Et ce faisant, elle nous réunit en un seul corps, car c'est là notre vocation d'Eglise.
L'apôtre Paul nous dit : "Nous avons tous été baptisés dans un seul Esprit, pour former un
seul corps". La Cène atteint précisément cet objectif, et le même apôtre dit encore : "Puisqu'il
y a un seul pain, nous qui sommes plusieurs, nous formons un seul corps, car nous participons
tous à ce pain unique". Tout le drame du salut revit ici : le passé, l'avenir, et le présent,
la mort du Christ et sa résurrection, la communion aujourd'hui avec le Christ-Roi, le royaume
où nous serons de nouveau autour de lui comme autour de cet autel, tout cela est résumé dans
l'acte sacramentel.
Notre célébration est ici conforme à la grande tradition chrétienne. S'il est vrai que nous
ne pouvons pas encore officiellement communier avec nos frères catholiques romains ou orthodoxes,
car il y faut une communion complète dans la foi, nous avons déjà une unité dans la célébration
commune, semblable, vestige de l'unité passée et pierre d'attente de l'unité future.
Notre célébration, comme celle de la messe romaine, remonte à l'Eglise primitive, telle que
nous la décrivent les textes anciens : après le service de la Parole, on apporte à celui qui
préside l'assemblée des frères le pain et le vin avec une coupe d'eau. Il les prend, loue et
glorifie le Père de l'univers par le nom du Fils et de l'Esprit Saint, répète les paroles du
Christ et distribue le sacrement.
L'Eglise des premiers siècles célébrait ce repas dans une grande allégresse et c'est pourquoi
on l'a nommé "eucharistie", qui signifie : "actions de grâces".
Nous voici entraînés dans la grande joie céleste -, notre adoration, en communion avec tous
les chrétiens, s'élargit de plus en plus dans l'intimité du Dieu vivant.
Cette joie nous unit à tous les chrétiens qui nous ont précédés auprès du Seigneur. Nous sommes
unis à ceux de cette paroisse qui nous ont qu ittés après avoir achevé leur course dans la
foi, unis aussi à tous les chrétiens du monde, orthodoxes, anglicans, protestants, catholiques
qui ce même jour, ici et sur toute la terre, chantent cette même louange -, mais également
aux anges et à toutes les créatures de Dieu qui, toutes frontières abolies, louent Dieu pour
son oeuvre créatrice et pour sa Rédemption offerte. Dans cette grande communion, nous revivons
la soirée de la chambre haute où le Seigneur en célébrant la Cène prit du pain et rendit grâces.
PREFACE
Ainsi, dans la prière de préface, prononcée par le célébrant, nous rendons grâces pour toute
I'?uvre de Dieu créateur et sauveur, et c'est un peu comme une nouvelle confession de foi qui
rappelle tout ce que Dieu a fait pour nous, et qui nous entraîne dans le chant de l'hymne des
chérubins : "Saint, Saint, Saint," combiné avec l'hymne de l'entrée de Jésus à Jérusalem :
"Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur" et l'acclamation "Hosanna", déjà chantée à la
synagogue qui veut dire "le Seigneur sauve", car c'est cela qu'il est venu faire ici bas, et
qu'il vient encore accomplir parmi nous. Nous réalisons ici la prière "Que ton nom soit
sanctifié" : du Temple de Jérusalem la louange passe désormais au Temple de la Création.
Dans la joie et l'adoration nous acclamons celui qui vient maintenant vers nous, comme s'il
parcourait l'allée centrale de notre sanctuaire par laquelle nous aussi à sa suite nous allons
nous acheminer vers le rendez-vous de l'autel.
CONSECRATION
Voici enfin le moment solennel, où nous devons nous agenouiller dans le respect et l'humilité,
l'avant-dernier échelon de la montée, qui va faire entendre les paroles mêmes du Christ, paroles
efficaces et centre de toute célébration. Le Christ lui-même refait le geste de la nuit sainte
où, ayant été trahi, il prit du pain...
C'est la prière du Fils au Père, dans son corps qui est l'Eglise. Mais cette prière s'adresse
aussi à l'Esprit (il y a une épiclèse, car l'Esprit intercède pour nous). Ainsi la prière
eucharistique du Christ nous fait entrer dans le mystère de la Trinité. S'il n'y a qu'à laisser
le Christ entrer en nous, on priera cependant l'Esprit parce que l'Eglise ne dispose pas de
Dieu, elle est la servante qui tend la main du mendiant.
Il est clair que nous n'offrons plus de sacrifice, si ce n'est celui de notre louange, car
celui du Christ est l'éternel et parfait sacrifice offert une fois pour toutes et qu'on ne
peut pas répéter. Il n'y a ici ni acte magique ni transformation, mais un acte d'obéissance,
rappel de la promesse de celui qui tient ses engagements et ne ment jamais. Voici que dans,
avec et sous le pain, dans, avec et sous le vin, le corps et le sang du Seigneur, c'est-à-dire
sa vie nous sont offerts.
En recevant ce corps du Christ, nous allons redevenir l'Eglise, le corps du Christ. La tête,
le Christ, donne sa vie au corps de l'Eglise, par le Saint Esprit. Le Christ vient vivre dans
son corps. C'est une réalité concrète. Il n'y a qu'à entrer dans sa prière. Il vient en
nous. Comme il va assumer les espèces, les remplir, il va nous emplir de sa présence, nous
prendre en charge, reconstituer son corps.
Qui fait cela ? Ce n'est pas le pasteur, ce n'est même pas la foi des fidèles, ce n'est pas
la bénédiction ni le geste de l'officiant, c'est le Seigneur lui-m me qui se sert de la voix
et du geste du pasteur pour agir lui-même, par son Saint-Esprit que nous allons donc invoquer
et qui va nous aider à croire dur comme fer que le Christ est présent pour nous, pour le pardon
de nos péchés.
C'est le moment de l'adoration, c'est le moment "que toute créature fasse silence" pour
contempler l'insondable mystère qui nous unit au Christ et nous unit les uns aux autres. Il
y a le mystère du Christ : ce n'est pas ici le moment d'étudier...... de rationaliser
l'inexplicable, c'est le moment de prier et d'adorer en silence. Il est grand le mystère de
la foi.
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